Le seul funiculaire télédynamique au monde
Publié le 12 avril 2026
Copyright © 2026 Funimag – Michel Azéma, Paris (France)
Introduction
Depuis des années, en étudiant les cartes suisses, un détail m’intriguait à Fribourg.

Sur le versant du plateau de Pérolles, un tracé rectiligne, trop régulier pour être un simple sentier, trop raide pour être un chemin ordinaire et qui descend du plateau vers le bord de la Sarine et du lac de Pérolles (Flèche rouge sur la carte).

Source (2)
Cela pouvait-il être un plan incliné?
Visible sur les cartes, visible sur les photos aériennes, visible même sur le terrain… mais dont personne ne semblait vraiment connaître l’histoire.
À Fribourg, tout le monde connaît le funiculaire de 1899, qui fonctionne par contrepoids des eaux usées de la ville, monument technique qui a été longtemps unique au monde.
Mais ce que j’avais vu sur les cartes n’avait rien à voir avec ce funiculaire.
Cela appartenait à une autre histoire. Une histoire plus ancienne, plus discrète, presque effacée.
Pendant longtemps, je pensais — comme les rares sources disponibles — qu’il ne s’agissait que d’un vestige d’un ancien transport industriel installé au début du XXᵉ siècle.
Mais récemment, en croisant cartes, archives et documents techniques du XIXᵉ siècle, j’ai découvert que ce plan incliné cachait bien plus qu’une simple voie de transport.
Son origine était plus ancienne, plus audacieuse, totalement inconnue et… unique au monde!
Cette découverte m’a poussé à aller enfin sur place en 2022.
Et là, sur le bord du plateau de Pérolles, j’ai trouvé ce sentier en plan incliné intact, large, ouvert au public, parfaitement lisible dans le paysage, comme si le temps l’avait oublié.
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Crédit (4)







Ce que j’ai vu sur le terrain confirmait ce que j’avais trouvé dans les archives.
Et ce que j’ai trouvé dans les archives réécrit une partie de l’histoire industrielle de Fribourg.
Je vous propose maintenant de remonter le fil de cette enquête — depuis ce plan incliné mystérieux jusqu’à son origine véritable — pour comprendre comment Fribourg n’a pas seulement eu un funiculaire unique au monde… mais deux!
Le plan incliné aujourd’hui : un vestige visible mais incompris
Le plan incliné de Pérolles n’a rien d’un secret.
Il est là, sous les yeux de tous, découpant la pente entre la Sarine et le plateau jusqu’au boulevard de Pérolles comme une cicatrice parfaitement rectiligne.
On peut le parcourir à pied, le longer, l’observer depuis les sentiers voisins.
Il apparaît sur les cartes, sur les photos aériennes, sur les plans cadastraux.
Il fait partie du paysage fribourgeois depuis si longtemps que plus personne ne se demande vraiment d’où il vient.
Je suis retourné sur place et j’ai filmé la descente complète du plan incliné du haut vers le bas:
Source (4)
Pourtant, ce plan incliné n’est accompagné d’aucune plaque, d’aucun panneau, d’aucune explication.
Les circuits touristiques de la ville l’ignorent complètement.
Les fribourgeois le connaissent, mais ils ne savent pas ce qu’ils connaissent.
Sur le terrain, la pente est continue, régulière, et le tracé reste étonnamment rectiligne.
Vers le bas, il traverse la falaise dans une impressionnante tranchée en déblai haute de près d’une vingtaine de mètres, taillée directement dans le rocher par l’homme et dont la texture de la roche a gardé les traces des outils de taille.

Crédit (4)

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L’ensemble forme un ouvrage large, stable, clairement aménagé, bien différent d’un simple chemin forestier.
Le téléférage de Pérolles (1907–1947)
Ce que j’ai rapidement appris c’est que ce plan incliné avait autrefois hébergé un transport industriel aérien, un télébenne à câble suspendu et cela depuis 1907.
Ce transport industriel était appelé “voie aérienne” ou plus fréquemment “téléférage” sur les cartes et plans de l’époque.
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Source (1)


Des bennes industrielles suspendues remontaient les sables et graviers extraits de la gravière de la Sarine jusqu’au plateau de Pérolles.
Le câble était soutenu par des charpentes régulièrement espacées et aboutissait au sommet du plan incliné, où de grandes poulies étaient actionnées par un moteur électrique.
Les bennes étaient ensuite vidées sur un réseau de voies Decauville en hauteur, permettant le tri automatique des matériaux selon leur granulométrie.

Credit (3)
Le téléférage de Pérolles a permis la construction de la Bibliothèque Cantonale de Fribourg qui débuta en 1907. (Source (7))
Le dernier propriétaire de la gravière du lac de Pérolles et du téléférage, Gravière de Chatillon SA, s’est vu retirer la concession d’exploitation de la gravière en 1982 (La Liberté du 1 avril 1982).
Les photos aériennes de 1925 montrent clairement le haut du téléférage et son réseau de voies Decauville.
Examen des photos aériennes pour comprendre l’évolution du plan incliné
Quelques voyages dans le temps dans les photos aériennes de SWISSIMAGE permettent de comprendre l’évolution du plan incliné de Pérolles.
1950 – C’est la dernière photo aérienne qui montre l’installation du téléférage des sables et graviers de la Sarine qui sont remontés sur le plateau par le télébenne industriel dit téléférage installé sur la totalité du plan incliné de Pérolles.

1954 – La photo aérienne montre qu’il n’y a plus de téléférage sur le plan incliné. Il n’y a plus de stockage des sables et graviers au sommet du plan incliné. Ils sont maintenant stockés en bas du plan incliné et sont transportés et remontés par camions. Cependant cela ne marque pas la fin de l’exploitation de la gravière. L’exploitation de la gravière de la Sarine continuera dans cette configuration, sans utiliser le plan incliné, jusqu’en 1977.

1952 – C’est aussi la première apparition de l’usine FIBRES S.A. (ou Pavafibres SA, plus tard PAVATEX) sur ces photos aériennes. FIBRES S.A. s’est installée en 1047 ou 1949 le long du plan incliné entre le Chalet-Restaurant de la Pisciculture et le dépôt des graviers près de la Sarine.

Nous avons vu que le téléférage des sables et graviers de la Sarine a été démantelé en 1949 mais ce n’est pas la fin de l’utilisation du plan incliné! En effet, l’arrivée de FIBRES S.A. (Entreprise de fabrication et transformation des produits du bois créée en 1946) le long du plan incliné n’est pas un hasard! Après le démantèlement du téléférage, FIBRES S.A. y a installé un funiculaire… oui vous avez bien lu… un funiculaire,un vrai, sur rails, tiré par un câble avec un bâtiment abritant la machinerie au sommet du plan incliné!
Pour plus d’informations sur le funiculaire de FIBRES S.A. qui deviendra PAVATEX, allez voir le “Bonus 3 – Le funiculaire de PAVATEX” en bas de cette page.
Ce que révèlent vraiment les photos anciennes — une énigme dans l’énigme
Après avoir vu l’évolution du plan incliné de Pérolles au XXème siècle à travers les cartes et photos aériennes, il y a une photo qui montre aussi tout autre chose!
En agrandissant l’extrémité des installations sur la photo aérienne de 1925, un détail surprenant apparaît.
Juste au-dessus du plan incliné, on distingue un pylône massif en pierre, manifestement plus ancien que les structures du téléférage du XXᵉ siècle.
Ses proportions, sa forme et sa position ne correspondent à aucun élément connu du système de 1907.
En éclaircissant fortement la zone, un second élément intrigue encore davantage :
Un petit bâtiment, une sorte de petit hangar au toit en tuiles en V inversé, dont la façade est percée de deux longues fentes verticales parallèles.
Ces ouvertures ne ressemblent ni à des fenêtres, ni à des aérations, ni à des portes.
Elles semblent avoir été conçues pour laisser passer quelque chose… mais quoi ?

Credit (3)
Ces deux structures — le pylône, ou pilier, en pierre et le petit hangar avec ses deux fentes verticales — ne figurent dans aucune description du téléférage.
Elles ne correspondent à aucun élément connu du système de 1907.
Elles semblent appartenir à une infrastructure abandonnée, plus ancienne, dont la fonction s’est perdue.
À ce stade de l’enquête, une question s’impose :
si ces ouvrages ne sont pas liés au téléférage, alors à quoi servaient‑ils ?
Pour le comprendre, il faut remonter plusieurs décennies en arrière, au moment où le plateau de Pérolles n’était pas encore industrialisé et encore moins électrifié…
et où un ingénieur visionnaire avait imaginé un tout autre système de transport de l’énergie.
Guillaume Ritter et la télédynamique

Credit (1)
L’ingénieur neuchâtelois Guillaume Ritter (1835-1912) est connu pour avoir construit, entre 1870 et 1872, le barrage de la Maigrauge sur la Sarine à Fribourg.
Il transforme alors l’énergie hydraulique du barrage en véritable moteur industriel pour le plateau de Pérolles.
À cette époque, l’électricité n’existe pas encore comme énergie industrielle (elle n’arrivera qu’après 1885).
Pour transmettre la force à distance, il utilise un système inventé en 1850 par l’Alsacien Charles-Ferdinand Hirn: la télédynamique, ou télodynamique, c’est‑à‑dire la transmission de la force par câbles sans fin.
La télédynamique (ou télodynamique)
La télédynamique fut inventée en 1850 par Charles-Ferdinand Hirn et son frère Gustave-Adolphe, des alsaciens de Colmar, pour mettre en mouvement les métiers à tisser de leur filature de Logelbach par l’intermédiaire de longs câbles sans fin supportés par de grandes poulies installées au sommet de piliers porteurs.
Charles-Ferdinand Hirn publia en 1862 une petite notice en français et en anglais dans laquelle il définit ce qu’est la télédynamique (ou télodynamique). Il n’a jamais déposé de brevet pour son invention et la télédynamique fut très utilisée de par le monde pendant quelques décennies (environ de 1850 à 1889) seulement avant que l’énergie électrique ne vienne la condamner à tout jamais.
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La télédynamique de Ritter sur le plateau de Pérolles
Entre 1870 et 1873, Guillaume Ritter met en place à Fribourg l’un des réseaux de télédynamique les plus ambitieux du monde.
Il relie les quatre turbines hydrauliques Girard du barrage de la Maigrauge aux usines du plateau de Pérolles avec une série de câbles et piliers télédynamiques.
Sources (6)
Le premier câble : du barrage à la scierie (765 m, 300 ch)
Le premier câble télédynamique, actionné par la turbine Girard n°3, est un câble sans fin de 3 cm de diamètre, long de 765 mètres, transmettant 300 chevaux.
Il relie directement l’usine hydraulique à la scierie du plateau.

Crédit (1)
Pour maintenir une pente constante de 10,7 %, Ritter fait construire des piliers en pierre espacés de 153 mètres, dont le plus haut atteint 24,6 mètres, ainsi qu’un tunnel parabolique creusé dans le rocher au-dessus du barrage.
Le deuxième câble : vers la fabrique de wagons

Crédit (1)
Un second câble, actionné par la turbine n°4, suit d’abord les mêmes piliers que le premier avant de bifurquer vers une fabrique de wagons, transmettant lui aussi 300 chevaux.
La scierie : le nœud mécanique
La scierie n’est pas seulement une usine : c’est le cœur du réseau.
C’est là que le premier câble arrive, et c’est là que la force est redistribuée.
Le troisième câble : la dérivation vers la Sarine et… le plan ferré

Crédit (1)
Depuis la scierie part un troisième câble télédynamique, qui se divise :
- vers une fabrique de wagons, un atelier de mécanique et une usine d’engrais,
- et de l’autre côté vers le haut du plan incliné, où se situe la station motrice du plan ferré (funiculaire du plan incliné).
C’est ce troisième câble qui fournit l’énergie nécessaire pour actionner le funiculaire, permettant de remonter les chariots chargés de bois flottés ou de pains de glace provenant des dizaines de glacières creusées dans la falaise au bord de la Sarine.
Sources (5)

Sur cette carte Swisstopo officielle de 1874, nous sommes dans la période pendant laquelle la télédynamique Ritter est en plein fonctionnement. Nous voyons le barrage de la Maigrauge (en haut à droite), et sur le plateau de Pérolles, la scierie, la fabrique de wagons, la fonderie et toute une série de petits carrés noirs qui représentent les piliers télédynamiques qui guident les câbles qui actionnent les machines de ces différentes usines.Nous voyons également, juste en bas à droite de la scierie, des piliers télédynamiques qui guident le troisième câble en direction du plan incliné qui descend vers la Sarine en sortant de la carte tout en bas.
La voie ferrée qui provient en dérivation depuis la gare de Fribourg et qui traverse en continu le plateau de Pérolles, se continue sur le plan incliné pour descendre jusqu’à la Sarine montrant ainsi que le plan incliné, en 1874, était une véritable voie ferrée inclinée actionnée par le troisième câble de la télédynamique Ritter afin d’aider les chariots à monter et descendre la pente.
Fribourg et ses nouvelles entreprises (1872)
Après avoir vu la carte officielle Swisstopo de 1874, voici une carte de 1872 qui présente de manière très détaillée les implantations des projets réalisés par Guillaume Ritter. Je vous affiche ici cette carte en 4 parties: vue générale, zoom sur le plateau de Pérolles, zoom axé sur le plan incliné et enfin le détail de la légende du bas.
Vue générale
Vue générale de Fribourg en 1872 qui montre les réalisations de Guillaume Ritter en rouge.

Plateau de Pérolles (1872)
Zoom sur le plateau de Pérolles en 1872. Cette partie de la carte est très connue des fribourgeois car elle montre en détails la télédynamique de Guillaume Ritter avec ses piliers (P) qui guident et supportent les câbles mais ce qui nous intéresse plus particulièrement sur cette partie de la carte c’est ce câble qui sort de la scierie et qui se dirige vers le bas, vers le plan incliné, supporté par deux piliers télédynamiques.

Source(5)
Le plan incliné et les réalisations de Ritter (1872)
C’est vraiment cette partie de la carte de 1872 qui nous intéresse le plus.Nous voyons ici que le plan incliné, qui descend directement vers l’embarcadère des bois sur le lac de Pérolles, est en liaison complète avec le câble télédynamique qui sort de la scierie. C’est la démonstration que la télédynamique de Guillaume Ritter actionnait aussi le plan incliné que Ritter a appelé plan ferré.
Sur cette partie l’on voit la dizaine de glacières percées dans la falaise de molasse au dessus de la pisciculture. Les pains de glace était remontés par le plan ferré, véritable ascenseur incliné funiculaire, pour être acheminés par la voie ferrée du plateau jusqu’à la Brasserie Cardinal située près de la gare ferroviaire de Fribourg.

Source (5)
Légende de la carte (1872)
Sous la carte de 1872, la légende apporte beaucoup d’informations sur la ville de Fribourg (en noir) mais surtout sur les réalisations de Guillaume Ritter désignées ici “Créations diverses” (en rouge).

Source ‘5)
Créations Diverses:
1. Conduites maîtresses.
2. Conduites d'irrigation.
3. Plan ferré servant à monter le bois et la glace.
4. Chemin longeant le lac de Pérolles.
5. Fabrique de concentration des égouts.
6. Nouveau parc à créer.
7. Fontaines monumentales.
8. Filtres pour l'eau potable.
PP. Piliers de transmissions avec câbles télodynamiques.
La création 3 est celle qui nous intéresse plus particulièrement: “Plan ferré servant à monter le bois et la glace“.
C’est la preuve ultime que Guillaume Ritter avait créé en 1872 un ascenseur incliné de type funiculaire et qui fonctionnait avec l’énergie provenant d’un câble télédynamique lui même mis en mouvement par la force motrice d’un barrage.
Le plan ferré : un funiculaire mû par la télédynamique
Cette carte de 1872 qui montre les réalisations de Guillaume Ritter et en particulier la télédynamique est assez bien connue à Fribourg mais ce qui n’est vraiment pas mentionné ni même remarqué, c’est que son réseau de télédynamique descendait aussi jusqu’à la Sarine pour actionner un funiculaire sur ce plan incliné de Pérolles.
Sur cette carte, Guillaume Ritter ne parle pas de “funiculaire”, mais de plan ferré : une sorte d’ascenseur incliné pour des chariots industriels roulant sur des rails pour remonter la pente de 13% jusqu’à la scierie.
“Les voies ferrées projetées pour desservir la scierie se divisent en deux:
1 – Le chemin de fer incliné, qui doit servir à la remontée des bois dont le chantier principal se trouvera dans la Sarine, au point de départ de ce plan ferré montant. La pente de ce plan montant atteindra 14,5% au maximum.
2 – L’embranchement desservant la scierie, relié au précédent par une aiguille et aboutissant à la gare de Fribourg. Cet embranchement desservira en outre toutes les usines du plateau de Pérolles. La pente depuis la scierie aura une pente de 1 demi pour cent. La longueur des voies ferrées sera d’environ deux kilomètres.”
(Source: La Liberté du 6 avril 1872)
Grâce à cette dérivation, la force hydraulique du barrage est transmise par la télédynamique de la manière suivante:
Barrage de la Maigrauge → turbines Girard → câble télédynamique principal n°1 → scierie → dérivation de la télédynamique vers le câble n°3 → poulie motrice du plan ferré dans la petite maison aux deux fentes verticales
La petite maison aux deux fentes verticales, visible sur les photos aériennes de 1929, correspond précisément à cette station motrice qui devait abriter les grandes poulies qui actionnaient le câble du funiculaire qui passait au travers de ces deux fentes.

Sur la même photo, on distingue clairement les restes d’un pilier de la télédynamique Ritter, qui reliait la scierie au plan incliné.
Ce système faisait du plan ferré le seul funiculaire connu à avoir été mû par un câble télédynamique, sans vapeur, sans moteur local et sans électricité, évidemment.
Ce plan incliné funiculaire (longueur 740 mètres, pente 13%) a fonctionné depuis 1872 pour remonter les bois flottés, provenant des exploitations forestières situées en amont et dont Guillaume Ritter avait obtenu la concession, vers la scierie et les pains de glace provenant des dix glacières vers la Brasserie Cardinal. Le transport de la glace fut arrêté en 1875 pour des raisons de non rentabilité. Le plan ferré a dû fonctionner jusqu’à l’arrivée de l’électricité qui a marqué la fin de la télédynamique vers environ 1895.
Compte tenu de la largeur importante et constante de ce plan incliné, même au niveau de la tranchée dans la falaise de molasse, on peut facilement en déduire que ce plan ferré devait comporter deux voies ferrées parallèles.
Voici ce qu’aurait pu être le plan ferré de Guillaume Ritter remontant la pente au niveau de la tranchée de la pisciculture:

“Photo originale (2022) complétée par une reconstitution historique générée par IA”
(Crédit (4) + un brin d’IA)
Pour une reconnaissance du plan incliné… Ritter
La télédynamique de Ritter, mise en service en 1872, appartient à la dernière génération de transmissions mécaniques avant l’arrivée de l’électricité industrielle.
Dès les années 1885–1895, les moteurs électriques remplacent progressivement les câbles sans fin.
Le plan ferré de Pérolles, alimenté par une dérivation télédynamique, a donc cessé de fonctionner bien avant 1900, probablement après l’abandon des glacières et l’exploitation des bois flottés sur la Sarine, probablement vers 1890.
Le plan incliné que l’on emprunte aujourd’hui à pied est donc le vestige d’un funiculaire industriel oublié, mû par la télédynamique de Guillaume Ritter, bien avant le téléférage de 1907 et le célèbre funiculaire des eaux usées de Saint-Pierre – Neuveville.
Un dernier point mérite d’être souligné. Il existe aujourd’hui à Fribourg une balade officielle appelée “Chemin Ritter”, qui relie le plateau de Pérolles au barrage de la Maigrauge, ou inversement, en suivant, de manière très fidèle, le tracé de l’ancien câble télédynamique n°1.
Cette promenade est bien documentée, valorisée dans les brochures touristiques et parfaitement intégrée aux circuits patrimoniaux de la ville.
Pourtant, le Chemin Ritter s’arrête brusquement à l’Université du plateau de Pérolles, emplacement de l’ancienne scierie devenue plus tard la Halle Ritter, et ignore complètement le plan incliné,
alors même que celui‑ci fait pleinement partie de l’œuvre de Guillaume Ritter.
Le plan incliné est accessible, visible, parcourable, malgré quelques risques de chute de pierres indiqués au niveau de la trouée dans la falaise de molasse, mais il n’est signalé nulle part.
Aucun panneau, aucune mention, aucune indication ne rappelle qu’il s’agit d’un ouvrage industriel majeur du XIXᵉ siècle.
Un panneau didactique officiel au sommet du plan incliné, derrière la station service TAMOIL, pourrait réparer cet oubli.
Ce plan incliné, pourtant l’un des ouvrages les plus spectaculaires du dispositif imaginé par Guillaume Ritter, n’a même pas de nom aujourd’hui.
Puisqu’il faut bien commencer quelque part, je me permets de le baptiser ici “plan incliné Ritter” —
ou, osons le dire, le “Plan incliné du funiculaire Ritter”.
Epilogue
J’étais parti à la découverte de ce plan incliné de Pérolles, totalement inconnu et oublié..
J’en reviens avec :
- Le funiculaire télédynamique Ritter (1872 – 1880?)
- Le téléférage des graviers de la Sarine (1907 – 1947)
- Le funiculaire PAVATEX (1947 -1980)
Fribourg n’est plus seulement connue pour son funiculaire historique aux eaux usées (1899) : elle en a compté d’autres, aujourd’hui oubliés — dont celui télédynamique de Guillaume Ritter, unique au monde. J’espère que cet article contribuera à réhabiliter la mémoire de cet ingénieur, qui a tant fait pour la ville.
— • —
Bonus 1: un autre vestige oublié de Guillaume Ritter
En revisitant le plan incliné de Pérolles en mars 2026, j’ai longé la rive du lac de Pérolles et je suis tombé sur un vestige inattendu : les restes d’un pilier en pierre qui correspond à la passerelle suspendue construite par Guillaume Ritter pour traverser le lac. Cette passerelle figure clairement sur la carte des réalisations de Ritter de 1872… mais sur place, rien ne l’indique.

Crédit (4)


Source (1)

Le téléférage est installé depuis 1907 sur le plan incliné de Guillaume Ritter qui retrouve son départ sur la gravière de la Sarine
Ironie du sort : juste à côté du vestige, deux panneaux d’information expliquent le lac, sa faune et sa flore — mais pas un mot sur cette trace pourtant remarquable de l’ingénieur. Encore un exemple de la manière dont l’œuvre de Ritter reste sous‑valorisée à Fribourg, malgré son importance dans l’aménagement du plateau de Pérolles.
La passerelle Ritter (suite)
Suite à la découverte de ce vestige de la passerelle Ritter à la Pisciculture en mars dernier (2026), je me suis à nouveau plongé dans les archives photographiques cantonales et j’ai finalement trouvé quelques photos du début du XX éme siècle de cette passerelle et de la Pisciculture. Et à ma grande surprise, cette passerelle Ritter n’était composée que d’une seule pile plantée au milieu du lac de Pérolles! Oui, une pile de soutient des câbles et un petit tablier fait de lattes de bois. La pile centrale était percée pour laisser passer les personnes d’une rive à l’autre.
Mais… je suis tombé sur ce vestige de LA pile de la passerelle Ritter alors que j’étais sur le sentier du Tour du Lac et plus particulièrement le sentier Jean-Schoch ce qui veut dire que la pile de la passerelle se trouve aujourd’hui sur la berge du lac alors qu’elle se trouvait au milieu du lac quand Guillaume Ritter l’a construite!

Crédit (1) + colorisation
Bonus 2 – La Pisciculture
Dans mon précédent post dans le groupe @T’es de Fribourg si… j’expliquais comment j’avais découvert par hasard un vestige oublié de la passerelle Ritter de 1872 à la Pisciculture.
Depuis je me suis à nouveau plongé dans les archives photographiques cantonales et j’ai trouvé quelques photos du début du XX éme siècle de cette passerelle et de la Pisciculture.
Et à ma grande surprise, cette passerelle Ritter n’était composée que d’une seule pile plantée… au milieu du lac de Pérolles!
Oui, une pile de soutient des câbles avec un petit tablier fait de lattes de bois. La pile centrale était percée pour laisser passer les personnes d’une rive à l’autre. Une bien fr^le passerelle!
Mais je suis tombé sur ce vestige de LA pile de la passerelle Ritter alors que j’étais sur le sentier du Tour du Lac et plus particulièrement le sentier Jean-Schoch ce qui veut dire que la pile de la passerelle se trouve aujourd’hui sur la berge du lac alors qu’elle se trouvait au milieu du lac quand Guillaume Ritter l’a construite!
Le lac de Pérolles a donc vu sa largeur réduite de moitié durant les dernières décennies. C’est un phénomène d’enlisement progressif du lac de Pérolles qui a fait que la berge de gauche s’est lentement rapprochée de la pile de la passerelle. Ce phénomène est facilement vérifiable en étudiant les photos aériennes de la Pisciculture au fil des années.

Crédit (1) + colorisation.


Crédit (1) + colorisation.
La Pisciculture en carte postale de… 1910

Un document exceptionnel que cette carte postale ancienne(probablement de 1910) qui fait en fait la réclame pour les activités de canotage sur le Lac de Pérolles avec le bateau à moteur “Sturmvogel” (probablement équipé d’un petit moteur à essence) qui permettait de faire de faire le tour du lac depuis le débarcadère de la pisciculture, le débarcadère de Vougy qui a remplacé la passerelle de Guillaume Ritter (abandonnée à cette époque là) et qui permettait de rejoindre le sentier public qui remontait la rive droite jusqu’au Claruz et Vougy. La balade continuait jusqu’au barrage de la Maigrauge et son débarcadère et retour à la Pisciculture.
A noter également le téléférage indiqué sur le plan incliné.

Crédit (1) + colorisation.
Le lieu-dit de la Pisciculture, situé sur la rive gauche du lac de Pérolles, fait totalement partie de l’œuvre de Guillaume Ritter. En tant que responsable du développement industriel du plateau de Pérolles, il était aussi chargé de la création d’un centre d’activités balnéaires et de loisirs sur la rive du lac (1872).
Pour cela il a créé: un établissement de pisciculture artificielle afin de repeupler les eaux de la Sarine, de vastes glacières creusées dans le roc, le Chalet-Restaurant de la Pisciculture avec jet d’eau, bassins, jeux et avec promenades jusqu’au barrage de la Maigrauge avec le “Sturmwogel”, petit bateau à moteur à essence et bien sûr la passerelle sur la Sarine qui permettait de rejoindre l’autre rive du lac et Marly en empruntant le sentier public du Claruz par les Rittes.
Ce centre de loisir était relié à la gare de Fribourg par une voie ferrée. Oui vous lisez bien, la voie ferrée en question c’était le plan ferré funiculaire qui montait à la scierie et de là jusqu’à la gare de Fribourg par le chemin de fer du plateau de Pérolles.
Aujourd’hui de l’ancienne base de loisirs de la Pisciculture il ne reste que le sentier du Tour du Lac ou sentier Jean-Schoch, le vestige de la pile de la passerelle qui indique l’endroit où se trouvait le Chalet-Restaurant bien que celui-ci ait disparu dans les années 60s remplacé par des entrepôts industriels protégés par de grandes palissades.
La Pisciculture aujourd’hui
Aujourd’hui de l’ancienne base de loisirs de la Pisciculture il ne reste que le sentier du Tour du Lac ou sentier Jean-Schoch et de grands entrepôts industriels occupant la quasi totalité du lieu!

Crédit (4).
Bonus 3 – Le funiculaire de PAVATEX (1947 – 1980)
En 1947, après l’abandon du téléférage des sables et graviers de la Sarine sur le plan incliné de Pérolles, l’entreprise PAVATEX (aka Pavafibres SA ou Fibres SA) s’installe au 37 route de la Pisciculture à Fribourg. Créée en 1946 pour la fabrication et transformation des produits du bois, PAVATEX installe un funiculaire industriel sur le plan incliné depuis le plateau de Pérolles jusqu’à son usine (il ne va pas jusqu’à la Sarine et est donc plus court. Un véritable funiculaire sur rails avec deux voitures contrebalancées et un bâtiment abritant la machinerie à son sommet.

Crédit (3) + colorisation

Crédit (3) + colorisation

Crédit (3) + colorisation

Crédit (3) + colorisation
Le 10 avril 1980 un incendie se déclare dans un entrepôt de l’usine PAVATEX à la Pisciculture. Si vous regardez bien la vidéo qui a été filmée par les Pompiers de Fribourg, à deux moments on entreaperçoit les rails du funiculaire dans le bas de l’image.
Cet incendie a-t-il causé involontairement la fin du funiculaire de PAVATEX? Le fait est que celui-ci a été arrêté en 1980, la même année que l’incendie!
Crédit: Le Galetas des pompiers de Fribourg.
Aujourd’hui que reste-il du funiculaire PAVATEX?
Du funiculaire lui-même il ne reste rien, excepté le bâtiment qui abritait la machinerie supérieure et l’on voit bien que les rails arrivaient au niveau supérieur de ce bâtiment et non pas au niveau du sol. Pour faire la jonction entre le bâtiment et le plan incliné la voie ferrée étaient suspendue et supportée pas poteau comme on le voit sur la photo de 1962.
Evidemment, le seul vrai vestige intact c’est le Plan incliné de Pérolles, créé par Guillaume Ritter en 1872!

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Bonus 4 – L’embarcadère des bois aujourd’hui

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Bonus 5 – Vidéo du Sentier Ritter aujourd’hui
En 2022 j’avais également fait une vidéo du Sentier Ritter qui suit exactement le cheminement du câble télédynamique n°1 que Guillaume Ritter avait installé entre les turbines Girard du barrage de la Maigrauge et la scierie du plateau de Pérolles. Là dans cette vidéo j’ai suis le sentier à l’envers, c’est dire depuis l’Université de Fribourg (emplacement actuel de la scierie) et en les descendant vers le barrage. Au passage on voit le grand pilier de la télédynamique de 24,6 mètres ainsi que le tunnel percé dans la falaise pour laisser passer les câbles télédynamiques. Juste au milieu du barrage de la Maigrauge on peut veut deux anciens piliers de la télédynamique qui supportaient les câble juste après leurs sorties de la centrale hydraulique.
Bonus 6 – Encore un vestige méconnu de Ritter!

A Fribourg, au bout du Boulevard de Pérolles, à l’angle du Chemin du Musée se trouve une composition sculpturale massive rendant hommage à l’ingénieur neuchâtelois Guillaume Ritter et qui est composée de vestiges des anciens piliers de la télédynamique qui étaient installés tout au long du plateau de Pérolles et qui servaient à supporter les câbles faisant fonctionner les usines du plateau.
Il est encore à déplorer qu’aucun panneau ne soit présent pour expliquer cette œuvre sculpturale ainsi que sont rapport direct avec l’œuvre de Guillaume Ritter.
Sources et crédits
(1) Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Fribourg
(2) Swisstopo (map.geo.admin.ch)
(3) ETH Bibliothek Zürich, e-pics
(4) Collection privée Funimag
(5) Stadtbibliothek Zürich -“Fribourg ses environs et ses nouvelles entreprises industrielles”, 1872
(6) “Delabar, über die neuen Wasserwerke und industriellen Unternehmungen der Stadt Freiburg in der Schweiz.” By Delabar, G. 1873
(7) Archives LA LIBERTÉ du 14 avril 1908.
Remerciements
Hervé François du GRHF – Groupe Recherches Historiques Fribourg (.
@cilocrossN88 de Youtube
Thierry Portmann
Manfred Portmann
Adrien Groos
Manuela Pellet


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