(CH) Le plan incliné de Pérolles à Fribourg

(CH) Le plan incliné de Pérolles à Fribourg

Le seul funiculaire télédynamique au monde

Publié le 12 avril 2026
Copyright © 2026 Funimag – Michel Azéma, Paris (France)

Introduction

Depuis des années, en étudiant les cartes suisses, un détail m’intriguait à Fribourg.

Carte de la Suisse avec localisation de la ville de Fribourg

Sur le versant du plateau de Pérolles, un tracé rectiligne, trop régulier pour être un simple sentier, trop raide pour être un chemin ordinaire et qui descend du plateau vers le bord de la Sarine et du lac de Pérolles (Flèche rouge sur la carte).

Plan de Fribourg centré sur le quartier de Pérolles
Carte actuelle du plateau de Pérolles avec le sentier rectiligne marqué par la flèche rouge qui descend en pente régulière vers la rivière Sarine.
Source (2)

Cela pouvait-il être un plan incliné?
Visible sur les cartes, visible sur les photos aériennes, visible même sur le terrain… mais dont personne ne semblait vraiment connaître l’histoire.

 À Fribourg, tout le monde connaît le funiculaire de 1899, qui fonctionne par contrepoids des eaux usées de la ville, monument technique qui a été longtemps unique au monde.
Mais ce que j’avais vu sur les cartes n’avait rien à voir avec ce funiculaire.
Cela appartenait à une autre histoire. Une histoire plus ancienne, plus discrète, presque effacée.

Pendant longtemps, je pensais — comme les rares sources disponibles — qu’il ne s’agissait que d’un vestige d’un ancien transport industriel installé au début du XXᵉ siècle.
Mais récemment, en croisant cartes, archives et documents techniques du XIXᵉ siècle, j’ai découvert que ce plan incliné cachait bien plus qu’une simple voie de transport.

Son origine était plus ancienne, plus audacieuse, totalement inconnue et… unique au monde!

Cette découverte m’a poussé à aller enfin sur place en 2022.
Et là, sur le bord du plateau de Pérolles, j’ai trouvé ce sentier en plan incliné intact, large, ouvert au public, parfaitement lisible dans le paysage, comme si le temps l’avait oublié.

Diaporama: cliquer pour afficher les 8 images:

Le plan incliné de Pérolles
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Crédit (4)
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.

Ce que j’ai vu sur le terrain confirmait ce que j’avais trouvé dans les archives.
Et ce que j’ai trouvé dans les archives réécrit une partie de l’histoire industrielle de Fribourg.

Je vous propose maintenant de remonter le fil de cette enquête — depuis ce plan incliné mystérieux jusqu’à son origine véritable — pour comprendre comment Fribourg n’a pas seulement eu un funiculaire unique au monde… mais deux!

Le plan incliné aujourd’hui : un vestige visible mais incompris

Le plan incliné de Pérolles n’a rien d’un secret.
Il est là, sous les yeux de tous, découpant la pente entre la Sarine et le plateau jusqu’au boulevard de Pérolles comme une cicatrice parfaitement rectiligne.
On peut le parcourir à pied, le longer, l’observer depuis les sentiers voisins.
Il apparaît sur les cartes, sur les photos aériennes, sur les plans cadastraux.
Il fait partie du paysage fribourgeois depuis si longtemps que plus personne ne se demande vraiment d’où il vient.

Je suis retourné sur place et j’ai filmé la descente complète du plan incliné du haut vers le bas:

La vidéo de 8’permet de se rendre compte de la régularité de la pente, ce qui est la signature technique du plan incliné. mais vous pouvez accélérer la lecture (1.25×, 1.5×, 2×) via le menu ⚙️ du lecteur YouTube.
Source (4)

Pourtant, ce plan incliné n’est accompagné d’aucune plaque, d’aucun panneau, d’aucune explication.
Les circuits touristiques de la ville l’ignorent complètement.
Les fribourgeois le connaissent, mais ils ne savent pas ce qu’ils connaissent.

Sur le terrain, la pente est continue, régulière, et le tracé reste étonnamment rectiligne.
Vers le bas, il traverse la falaise dans une impressionnante tranchée en déblai haute de près d’une vingtaine de mètres, taillée directement dans le rocher par l’homme et dont la texture de la roche a gardé les traces des outils de taille.

Le plan incliné de Pérolles dans la trouée de la Pisciculture
Le sentier en plan incliné taillé par l’homme à travers la roche sur une hauteur de près de 20 mètres par endroit.
Crédit (4)
Texture de la taille dans la trouée
Texture de la roche dans la tranchée qui a gardé les traces des outils de taille.
Crédit (4)

L’ensemble forme un ouvrage large, stable, clairement aménagé, bien différent d’un simple chemin forestier.

 Le téléférage de Pérolles (1907–1947)

Ce que j’ai rapidement appris c’est que ce plan incliné avait autrefois hébergé un transport industriel aérien, un télébenne à câble suspendu et cela depuis 1907.
Ce transport industriel était appelé “voie aérienne” ou plus fréquemment “téléférage” sur les cartes et plans de l’époque.

Diaporama: cliquer pour afficher les 3 images:

Plan du plateau de Pérolles en 1908
Très belle carte de 1908 montrant le plateau de Pérolles et le plan incliné appelé ici “téléférage”descendant jusqu’à la berge de la Sarine. A noter pour l’anecdote, en haut à droite, un pont qui traverse la Sarine , ce qui laisse supposer que le pont de Pérolles avait été envisagé, un temps, à cet endroit alors qu’il fut finalement construit en 1920 dans le coin en bas à gauche de la carte.
Galerie: cliquer pour afficher les images (4)
Source (1)
Plan du plateau de Pérolles en 1908 avec détail du plan incliné
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.
Plan du plateau de Pérolles en 1908 avec détail du plan incliné
Le sentier rectiligne et en pente constante tel que je l’ai découvert en 2022.

Des bennes industrielles suspendues remontaient les sables et graviers extraits de la gravière de la Sarine jusqu’au plateau de Pérolles.
Le câble était soutenu par des charpentes régulièrement espacées et aboutissait au sommet du plan incliné, où de grandes poulies étaient actionnées par un moteur électrique.

Les bennes étaient ensuite vidées sur un réseau de voies Decauville en hauteur, permettant le tri automatique des matériaux selon leur granulométrie.

Détail d'une photo aérienne de 1925 montrant le sommet du téléférage et le triage des graviers
Photo aérienne de 1925 montrant le réseau suspendu de voies Decauville servant à trier les graviers et sables remontés de la Sarine par le “téléférage” dont on voit la station supérieure dans le coin en bas à droite avec ces 3 toits abritant moteur électrique et poulies ainsi que le stockage des bennes.
Credit (3)

Le téléférage de Pérolles a permis la construction de la Bibliothèque Cantonale de Fribourg qui débuta en 1907. (Source (7))

Le dernier propriétaire de la gravière du lac de Pérolles et du téléférage, Gravière de Chatillon SA, s’est vu retirer la concession d’exploitation de la gravière en 1982 (La Liberté du 1 avril 1982).
Les photos aériennes de 1925 montrent clairement le haut du téléférage et son réseau de voies Decauville.

Examen des photos aériennes pour comprendre l’évolution du plan incliné

Quelques voyages dans le temps dans les photos aériennes de SWISSIMAGE permettent de comprendre l’évolution du plan incliné de Pérolles.

1950 – C’est la dernière photo aérienne qui montre l’installation du téléférage des sables et graviers de la Sarine qui sont remontés sur le plateau par le télébenne industriel dit téléférage installé sur la totalité du plan incliné de Pérolles.

Photo aérienne de la Pisciculture en 1950

1954 – La photo aérienne montre qu’il n’y a plus de téléférage sur le plan incliné. Il n’y a plus de stockage des sables et graviers au sommet du plan incliné. Ils sont maintenant stockés en bas du plan incliné et sont transportés et remontés par camions. Cependant cela ne marque pas la fin de l’exploitation de la gravière. L’exploitation de la gravière de la Sarine continuera dans cette configuration, sans utiliser le plan incliné, jusqu’en 1977.

Photo aérienne de la Pisciculture en 1954

1952 – C’est aussi la première apparition de l’usine FIBRES S.A. (ou Pavafibres SA, plus tard PAVATEX) sur ces photos aériennes. FIBRES S.A. s’est installée en 1047 ou 1949 le long du plan incliné entre le Chalet-Restaurant de la Pisciculture et le dépôt des graviers près de la Sarine.

Photo aérienne de la Pisciculture en 1952

Nous avons vu que le téléférage des sables et graviers de la Sarine a été démantelé en 1949 mais ce n’est pas la fin de l’utilisation du plan incliné! En effet, l’arrivée de FIBRES S.A. (Entreprise de fabrication et transformation des produits du bois créée en 1946) le long du plan incliné n’est pas un hasard! Après le démantèlement du téléférage, FIBRES S.A. y a installé un funiculaire… oui vous avez bien lu… un funiculaire,un vrai, sur rails, tiré par un câble avec un bâtiment abritant la machinerie au sommet du plan incliné!

Pour plus d’informations sur le funiculaire de FIBRES S.A. qui deviendra PAVATEX, allez voir le “Bonus 3 – Le funiculaire de PAVATEX” en bas de cette page.

Ce que révèlent vraiment les photos anciennes — une énigme dans l’énigme

Après avoir vu l’évolution du plan incliné de Pérolles au XXème siècle à travers les cartes et photos aériennes, il y a une photo qui montre aussi tout autre chose!

En agrandissant l’extrémité des installations sur la photo aérienne de 1925, un détail surprenant apparaît.
Juste au-dessus du plan incliné, on distingue un pylône massif en pierre, manifestement plus ancien que les structures du téléférage du XXᵉ siècle.
Ses proportions, sa forme et sa position ne correspondent à aucun élément connu du système de 1907.

En éclaircissant fortement la zone, un second élément intrigue encore davantage :
Un petit bâtiment, une sorte de petit hangar au toit en tuiles en V inversé, dont la façade est percée de deux longues fentes verticales parallèles.
Ces ouvertures ne ressemblent ni à des fenêtres, ni à des aérations, ni à des portes.
Elles semblent avoir été conçues pour laisser passer quelque chose… mais quoi ?

Détail dévoilé des deux bâtiments en haut du téléférage
En agrandissant et éclaircissant ce détail de la même photo aérienne de 1925, cela révèle deux bâtiments qui n’ont rien à voir avec le téléférage!.
Credit (3)

Ces deux structures — le pylône, ou pilier, en pierre et le petit hangar avec ses deux fentes verticales — ne figurent dans aucune description du téléférage.
Elles ne correspondent à aucun élément connu du système de 1907.
Elles semblent appartenir à une infrastructure abandonnée, plus ancienne, dont la fonction s’est perdue.

À ce stade de l’enquête, une question s’impose :
si ces ouvrages ne sont pas liés au téléférage, alors à quoi servaient‑ils ?

Pour le comprendre, il faut remonter plusieurs décennies en arrière, au moment où le plateau de Pérolles n’était pas encore industrialisé et encore moins électrifié…
et où un ingénieur visionnaire avait imaginé un tout autre système de transport de l’énergie.

Guillaume Ritter et la télédynamique

Guillaume Ritter entouré de son fils et son petit fils à Neuchâtel
Guillaume Ritter, ici en grand père barbu, à la retraite, en face de la Basilique Notre-Dame de l’Assomption à Neuchâtel. 
Credit (1)

L’ingénieur neuchâtelois Guillaume Ritter (1835-1912) est connu pour avoir construit, entre 1870 et 1872, le barrage de la Maigrauge sur la Sarine à Fribourg.
Il transforme alors l’énergie hydraulique du barrage en véritable moteur industriel pour le plateau de Pérolles.

À cette époque, l’électricité n’existe pas encore comme énergie industrielle (elle n’arrivera qu’après 1885).
Pour transmettre la force à distance, il utilise un système inventé en 1850 par l’Alsacien Charles-Ferdinand Hirn: la télédynamique, ou télodynamique, c’est‑à‑dire la transmission de la force par câbles sans fin.

La télédynamique (ou télodynamique)

La télédynamique fut inventée en 1850 par Charles-Ferdinand Hirn et son frère Gustave-Adolphe, des alsaciens de Colmar, pour mettre en mouvement les métiers à tisser de leur filature de Logelbach par l’intermédiaire de longs câbles sans fin supportés par de grandes poulies installées au sommet de piliers porteurs.

Charles-Ferdinand Hirn publia en 1862 une petite notice en français et en anglais dans laquelle il définit ce qu’est la télédynamique (ou télodynamique). Il n’a jamais déposé de brevet pour son invention et la télédynamique fut très utilisée de par le monde pendant quelques décennies (environ de 1850 à 1889) seulement avant que l’énergie électrique ne vienne la condamner à tout jamais.

Cliquer pour afficher les 2 images:

Notice sur la Télédynamique de Charles-Ferdinand Hirn 1852
Le petit fascicule (Notice) de Charles-Ferdinand Hirn, publié en 1862, qui définit ce qu’est la télédynamique
Cliquez pour voir les autres images de la série
Différentes installations de la télédynamique
Comment la force télédynamique était transmise sur de longues distances par l’intermédiaire de câbles sans fin et de grandes poulies fixées des piliers espacés régulièrement entre eux.

La télédynamique de Ritter sur le plateau de Pérolles

Entre 1870 et 1873, Guillaume Ritter met en place à Fribourg l’un des réseaux de télédynamique les plus ambitieux du monde.
Il relie les quatre turbines hydrauliques Girard du barrage de la Maigrauge aux usines du plateau de Pérolles avec une série de câbles et piliers télédynamiques.

Sources (6)

Le premier câble : du barrage à la scierie (765 m, 300 ch)

Le premier câble télédynamique, actionné par la turbine Girard n°3, est un câble sans fin de 3 cm de diamètre, long de 765 mètres, transmettant 300 chevaux.
Il relie directement l’usine hydraulique à la scierie du plateau.

La scierie (Halle Ritter) en 1872 avec la télédynamique
1872, Télédynamique en fonctionnement . Le premier câble de 765 m provient des turbines du barrage de la Maigrauge (à droite, hors photo) pour rentrer dans le sous sol de la scierie. Il est supporté par un immense pilier de 24,6 m de haut (toujours visible aujourd’hui). Une grande tranchée a été faite pour faire passer le câble vers la scierie.
Crédit (1)

Pour maintenir une pente constante de 10,7 %, Ritter fait construire des piliers en pierre espacés de 153 mètres, dont le plus haut atteint 24,6 mètres, ainsi qu’un tunnel parabolique creusé dans le rocher au-dessus du barrage.

Le deuxième câble : vers la fabrique de wagons

Plateaau de Pérolles en 1872 avec la télédynamique en fonction.
1872. Télédynamique en fonctionnement.Le câble provenant de la scierie et qui traverse tout le plateau de Pérolles pour apporter l’énergie au différentes usines.
Crédit (1)

 Un second câble, actionné par la turbine n°4, suit d’abord les mêmes piliers que le premier avant de bifurquer vers une fabrique de wagons, transmettant lui aussi 300 chevaux.

La scierie : le nœud mécanique

La scierie n’est pas seulement une usine : c’est le cœur du réseau.
C’est là que le premier câble arrive, et c’est là que la force est redistribuée.

Le troisième câble : la dérivation vers la Sarine et… le plan ferré

La télédynamique Ritter sur le plateau de Pérolles (1872)
1872,la télédynamique est en fonctionnement sur le plateau de Pérolles. Au centre on aperçoit un pilier télédynamique qui dirige le 3ème câble depuis la scierie vers le plan ferré, le funiculaire du plan incliné.
Crédit (1)

Depuis la scierie part un troisième câble télédynamique, qui se divise :

  • vers une fabrique de wagons, un atelier de mécanique et une usine d’engrais,
  • et de l’autre côté vers le haut du plan incliné, où se situe la station motrice du plan ferré (funiculaire du plan incliné).

C’est ce troisième câble qui fournit l’énergie nécessaire pour actionner le funiculaire, permettant de remonter les chariots chargés de bois flottés ou de pains de glace provenant des dizaines de glacières creusées dans la falaise au bord de la Sarine.

Sources (5)

Carte du plateau de Pérolles en 1874
1874 – Carte Swisstopo officielle

Sur cette carte Swisstopo officielle de 1874, nous sommes dans la période pendant laquelle la télédynamique Ritter est en plein fonctionnement. Nous voyons le barrage de la Maigrauge (en haut à droite), et sur le plateau de Pérolles, la scierie, la fabrique de wagons, la fonderie et toute une série de petits carrés noirs qui représentent les piliers télédynamiques qui guident les câbles qui actionnent les machines de ces différentes usines.Nous voyons également, juste en bas à droite de la scierie, des piliers télédynamiques qui guident le troisième câble en direction du plan incliné qui descend vers la Sarine en sortant de la carte tout en bas.

La voie ferrée qui provient en dérivation depuis la gare de Fribourg et qui traverse en continu le plateau de Pérolles, se continue sur le plan incliné pour descendre jusqu’à la Sarine montrant ainsi que le plan incliné, en 1874, était une véritable voie ferrée inclinée actionnée par le troisième câble de la télédynamique Ritter afin d’aider les chariots à monter et descendre la pente.

Fribourg et ses nouvelles entreprises (1872)

Après avoir vu la carte officielle Swisstopo de 1874, voici une carte de 1872 qui présente de manière très détaillée les implantations des projets réalisés par Guillaume Ritter. Je vous affiche ici cette carte en 4 parties: vue générale, zoom sur le plateau de Pérolles, zoom axé sur le plan incliné et enfin le détail de la légende du bas.

Vue générale

Vue générale de Fribourg en 1872 qui montre les réalisations de Guillaume Ritter en rouge.

Carte de Fribourg avec réalisations de Guillaume Ritter (1872)
Source (5)

Plateau de Pérolles (1872)

Zoom sur le plateau de Pérolles en 1872. Cette partie de la carte est très connue des fribourgeois car elle montre en détails la télédynamique de Guillaume Ritter avec ses piliers (P) qui guident et supportent les câbles mais ce qui nous intéresse plus particulièrement sur cette partie de la carte c’est ce câble qui sort de la scierie et qui se dirige vers le bas, vers le plan incliné, supporté par deux piliers télédynamiques.

Carte de Fribourg avec réalisations de Guillaume Ritter (1872) (détail)
La télédynamique de Guillaume Ritter sur le plateau de Pérolles en 1872.
Source(5)

Le plan incliné et les réalisations de Ritter (1872)

C’est vraiment cette partie de la carte de 1872 qui nous intéresse le plus.Nous voyons ici que le plan incliné, qui descend directement vers l’embarcadère des bois sur le lac de Pérolles, est en liaison complète avec le câble télédynamique qui sort de la scierie. C’est la démonstration que la télédynamique de Guillaume Ritter actionnait aussi le plan incliné que Ritter a appelé plan ferré.

Sur cette partie l’on voit la dizaine de glacières percées dans la falaise de molasse au dessus de la pisciculture. Les pains de glace était remontés par le plan ferré, véritable ascenseur incliné funiculaire, pour être acheminés par la voie ferrée du plateau jusqu’à la Brasserie Cardinal située près de la gare ferroviaire de Fribourg.

Carte de Fribourg avec réalisations de Guillaume Ritter (1872) (détail)
Le câble télédynamique de Guillaume Ritter servait à actionner la plan incliné funiculaire appelé Plan ferré..
Source (5)

Légende de la carte (1872)

Sous la carte de 1872, la légende apporte beaucoup d’informations sur la ville de Fribourg (en noir) mais surtout sur les réalisations de Guillaume Ritter désignées ici “Créations diverses” (en rouge).

Carte de Fribourg avec réalisations de Guillaume Ritter (1872) (détail)
Légende de la carte de 1872
Source ‘5)
Créations Diverses:
1. Conduites maîtresses.
2. Conduites d'irrigation.
3. Plan ferré servant à monter le bois et la glace.
4. Chemin longeant le lac de Pérolles.
5. Fabrique de concentration des égouts.
6. Nouveau parc à créer.
7. Fontaines monumentales.
8. Filtres pour l'eau potable.
PP. Piliers de transmissions avec câbles télodynamiques.

La création 3 est celle qui nous intéresse plus particulièrement: “Plan ferré servant à monter le bois et la glace“.
C’est la preuve ultime que Guillaume Ritter avait créé en 1872 un ascenseur incliné de type funiculaire et qui fonctionnait avec l’énergie provenant d’un câble télédynamique lui même mis en mouvement par la force motrice d’un barrage.

Le plan ferré : un funiculaire mû par la télédynamique

Cette carte de 1872 qui montre les réalisations de Guillaume Ritter et en particulier la télédynamique est assez bien connue à Fribourg mais ce qui n’est vraiment pas mentionné ni même remarqué, c’est que son réseau de télédynamique descendait aussi jusqu’à la Sarine pour actionner un funiculaire sur ce plan incliné de Pérolles.

Sur cette carte, Guillaume Ritter ne parle pas de “funiculaire”, mais de plan ferré : une sorte d’ascenseur incliné pour des chariots industriels roulant sur des rails pour remonter la pente de 13% jusqu’à la scierie.

“Les voies ferrées projetées pour desservir la scierie se divisent en deux:
1 – Le chemin de fer incliné, qui doit servir à la remontée des bois dont le chantier principal se trouvera dans la Sarine, au point de départ de ce plan ferré montant. La pente de ce plan montant atteindra 14,5% au maximum.
2 – L’embranchement desservant la scierie, relié au précédent par une aiguille et aboutissant à la gare de Fribourg. Cet embranchement desservira en outre toutes les usines du plateau de Pérolles. La pente depuis la scierie aura une pente de 1 demi pour cent. La longueur des voies ferrées sera d’environ deux kilomètres.”
(Source: La Liberté du 6 avril 1872)

Grâce à cette dérivation, la force hydraulique du barrage est transmise par la télédynamique de la manière suivante:

Barrage de la Maigrauge → turbines Girard → câble télédynamique principal n°1 → scierie → dérivation de la télédynamique vers le câble n°3 → poulie motrice du plan ferré dans la petite maison aux deux fentes verticales

La petite maison aux deux fentes verticales, visible sur les photos aériennes de 1929, correspond précisément à cette station motrice qui devait abriter les grandes poulies qui actionnaient le câble du funiculaire qui passait au travers de ces deux fentes.

Photo de 1925 éclaircie montrant les vestiges de la télédynamique de Guillaume Ritter.
Vestiges de la télédynamique Ritter en 1925.

Sur la même photo, on distingue clairement les restes d’un pilier de la télédynamique Ritter, qui reliait la scierie au plan incliné.

Ce système faisait du plan ferré le seul funiculaire connu à avoir été mû par un câble télédynamique, sans vapeur, sans moteur local et sans électricité, évidemment.

Ce plan incliné funiculaire (longueur 740 mètres, pente 13%) a fonctionné depuis 1872 pour remonter les bois flottés, provenant des exploitations forestières situées en amont et dont Guillaume Ritter avait obtenu la concession, vers la scierie et les pains de glace provenant des dix glacières vers la Brasserie Cardinal. Le transport de la glace fut arrêté en 1875 pour des raisons de non rentabilité. Le plan ferré a dû fonctionner jusqu’à l’arrivée de l’électricité qui a marqué la fin de la télédynamique vers environ 1895.

Compte tenu de la largeur importante et constante de ce plan incliné, même au niveau de la tranchée dans la falaise de molasse, on peut facilement en déduire que ce plan ferré devait comporter deux voies ferrées parallèles.

Voici ce qu’aurait pu être le plan ferré de Guillaume Ritter remontant la pente au niveau de la tranchée de la pisciculture:

Vue imaginée du plan incliné du funiculaire Ritter
Le Plan incliné du funiculaire Ritter
“Photo originale (2022) complétée par une reconstitution historique générée par IA”
(Crédit (4) + un brin d’IA)

Pour une reconnaissance du plan incliné… Ritter

 La télédynamique de Ritter, mise en service en 1872, appartient à la dernière génération de transmissions mécaniques avant l’arrivée de l’électricité industrielle.
Dès les années 1885–1895, les moteurs électriques remplacent progressivement les câbles sans fin.

Le plan ferré de Pérolles, alimenté par une dérivation télédynamique, a donc cessé de fonctionner bien avant 1900, probablement après l’abandon des glacières et l’exploitation des bois flottés sur la Sarine, probablement vers 1890.

Le plan incliné que l’on emprunte aujourd’hui à pied est donc le vestige d’un funiculaire industriel oublié, mû par la télédynamique de Guillaume Ritter, bien avant le téléférage de 1907 et le célèbre funiculaire des eaux usées de Saint-Pierre – Neuveville.

Un dernier point mérite d’être souligné. Il existe aujourd’hui à Fribourg une balade officielle appelée “Chemin Ritter”, qui relie le plateau de Pérolles au barrage de la Maigrauge, ou inversement, en suivant, de manière très fidèle, le tracé de l’ancien câble télédynamique n°1.
Cette promenade est bien documentée, valorisée dans les brochures touristiques et parfaitement intégrée aux circuits patrimoniaux de la ville.

Pourtant, le Chemin Ritter s’arrête brusquement à l’Université du plateau de Pérolles, emplacement de l’ancienne scierie devenue plus tard la Halle Ritter, et ignore complètement le plan incliné,
alors même que celui‑ci fait pleinement partie de l’œuvre de Guillaume Ritter.

Le plan incliné est accessible, visible, parcourable, malgré quelques risques de chute de pierres indiqués au niveau de la trouée dans la falaise de molasse, mais il n’est signalé nulle part.
Aucun panneau, aucune mention, aucune indication ne rappelle qu’il s’agit d’un ouvrage industriel majeur du XIXᵉ siècle.
Un panneau didactique officiel au sommet du plan incliné, derrière la station service TAMOIL, pourrait réparer cet oubli.

Ce plan incliné, pourtant l’un des ouvrages les plus spectaculaires du dispositif imaginé par Guillaume Ritter, n’a même pas de nom aujourd’hui.
Puisqu’il faut bien commencer quelque part, je me permets de le baptiser ici “plan incliné Ritter” —
ou, osons le dire, le “Plan incliné du funiculaire Ritter”.

Epilogue

J’étais parti à la découverte de ce plan incliné de Pérolles, totalement inconnu et oublié..

J’en reviens avec :

  • Le funiculaire télédynamique Ritter (1872 – 1880?)
  • Le téléférage des graviers de la Sarine (1907 – 1947)
  • Le funiculaire PAVATEX (1947 -1980)

Fribourg n’est plus seulement connue pour son funiculaire historique aux eaux usées (1899) : elle en a compté d’autres, aujourd’hui oubliés — dont celui télédynamique de Guillaume Ritter, unique au monde. J’espère que cet article contribuera à réhabiliter la mémoire de cet ingénieur, qui a tant fait pour la ville.

— • —

Bonus 1: un autre vestige oublié de Guillaume Ritter

En revisitant le plan incliné de Pérolles en mars 2026, j’ai longé la rive du lac de Pérolles et je suis tombé sur un vestige inattendu : les restes d’un pilier en pierre qui correspond à la passerelle suspendue construite par Guillaume Ritter pour traverser le lac. Cette passerelle figure clairement sur la carte des réalisations de Ritter de 1872… mais sur place, rien ne l’indique.

Vestige d'une pile de la passerelle suspendue de Guillaume Ritter (vue actuelle)
Vestige d’une pile de la passerelle suspendue de Guillaume Ritter pour franchir le lac de Pérolles (1ère flèche rouge sur la carte ci-dessous)..
Crédit (4)
La passerelle sur le plan de 1872
Cartes de 1872 montrant les réalisations de Guillaume Ritter avec une flèche rouge qui montre la passerelle suspendue et une autre flèche rouge qui montre l’embarcadère des bois au point le plus bas du plan incliné Ritter.
Carte de la Pisciculture en 1904 montrant la Passerelle Ritter.
Sur cette carte de 1904, on notera que la passerelle de Guillaume Ritter est toujours présente alors que sur la même carte mais en de 1908 elle a disparu. On peut donc facilement estimer sa présence de 1872 à 1905 environ. A noter aussi que l’ancien plan incliné Ritter ne va plus jusqu’au ac de Pérolles et qu’il n’est pas encore équipé du téléférage qui ne sera installé qu’en 1907. Enfin, à noter aussi que le Pont de Pérolles avait été projeté dans le prolongement du Boulevard de Pérolles en direction des Rittes et non de Marly.
Source (1)
Carte de la Pisciculture en 1908 montrant quen la Passerelle Ritter a disparu.
En 1908, la passerelle Ritter a disparu!
Le téléférage est installé depuis 1907 sur le plan incliné de Guillaume Ritter qui retrouve son départ sur la gravière de la Sarine

Ironie du sort : juste à côté du vestige, deux panneaux d’information expliquent le lac, sa faune et sa flore — mais pas un mot sur cette trace pourtant remarquable de l’ingénieur. Encore un exemple de la manière dont l’œuvre de Ritter reste sous‑valorisée à Fribourg, malgré son importance dans l’aménagement du plateau de Pérolles.

La passerelle Ritter (suite)

Suite à la découverte de ce vestige de la passerelle Ritter à la Pisciculture en mars dernier (2026), je me suis à nouveau plongé dans les archives photographiques cantonales et j’ai finalement trouvé quelques photos du début du XX éme siècle de cette passerelle et de la Pisciculture. Et à ma grande surprise, cette passerelle Ritter n’était composée que d’une seule pile plantée au milieu du lac de Pérolles! Oui, une pile de soutient des câbles et un petit tablier fait de lattes de bois. La pile centrale était percée pour laisser passer les personnes d’une rive à l’autre.

Mais… je suis tombé sur ce vestige de LA pile de la passerelle Ritter alors que j’étais sur le sentier du Tour du Lac et plus particulièrement le sentier Jean-Schoch ce qui veut dire que la pile de la passerelle se trouve aujourd’hui sur la berge du lac alors qu’elle se trouvait au milieu du lac quand Guillaume Ritter l’a construite!

Passerelle Ritter en 1900 (colorisée)
Passerelle Ritter en 1900 au milieu du lac de Pérolles.
Crédit (1) + colorisation

Bonus 2 – La Pisciculture

Dans mon précédent post dans le groupe @T’es de Fribourg si… j’expliquais comment j’avais découvert par hasard un vestige oublié de la passerelle Ritter de 1872 à la Pisciculture.
Depuis je me suis à nouveau plongé dans les archives photographiques cantonales et j’ai trouvé quelques photos du début du XX éme siècle de cette passerelle et de la Pisciculture.
Et à ma grande surprise, cette passerelle Ritter n’était composée que d’une seule pile plantée… au milieu du lac de Pérolles!
Oui, une pile de soutient des câbles avec un petit tablier fait de lattes de bois. La pile centrale était percée pour laisser passer les personnes d’une rive à l’autre. Une bien fr^le passerelle!
Mais je suis tombé sur ce vestige de LA pile de la passerelle Ritter alors que j’étais sur le sentier du Tour du Lac et plus particulièrement le sentier Jean-Schoch ce qui veut dire que la pile de la passerelle se trouve aujourd’hui sur la berge du lac alors qu’elle se trouvait au milieu du lac quand Guillaume Ritter l’a construite!
Le lac de Pérolles a donc vu sa largeur réduite de moitié durant les dernières décennies. C’est un phénomène d’enlisement progressif du lac de Pérolles qui a fait que la berge de gauche s’est lentement rapprochée de la pile de la passerelle. Ce phénomène est facilement vérifiable en étudiant les photos aériennes de la Pisciculture au fil des années.

La Pisciculture en 1912 - A gauche, la passerelle Ritter est sans tablier et au fond à droite le ponton d'embarquement pour les promenades sur le lac.
La Pisciculture en 1912 – A gauche, la passerelle Ritter est sans tablier et au fond à droite le ponton d’embarquement pour les promenades sur le lac.
Crédit (1) + colorisation.
Dans La Liberté du 17 octobre 1878, une annonce pour la vente du Chalet-Restaurant de la Pisciculture. Relié à la gare de Fribourg par une voie ferrée!
Dans La Liberté du 17 octobre 1878, une annonce pour la vente du Chalet-Restaurant de la Pisciculture. Relié à la gare de Fribourg par une voie ferrée!
Le Chalet-Restaurant de la Pisciculture en 1950 avec le vestige de la passerelle Ritter au milieu du lac de Pérolles.
Le Chalet-Restaurant de la Pisciculture en 1950 avec le vestige de la passerelle Ritter au milieu du lac de Pérolles.
Crédit (1) + colorisation.

La Pisciculture en carte postale de… 1910

Carte postale ancienne (1910 environ) pour le canotage sur le Lac de Pérolles.
Carte postale ancienne (1910 environ)

Un document exceptionnel que cette carte postale ancienne(probablement de 1910) qui fait en fait la réclame pour les activités de canotage sur le Lac de Pérolles avec le bateau à moteur “Sturmvogel” (probablement équipé d’un petit moteur à essence) qui permettait de faire de faire le tour du lac depuis le débarcadère de la pisciculture, le débarcadère de Vougy qui a remplacé la passerelle de Guillaume Ritter (abandonnée à cette époque là) et qui permettait de rejoindre le sentier public qui remontait la rive droite jusqu’au Claruz et Vougy. La balade continuait jusqu’au barrage de la Maigrauge et son débarcadère et retour à la Pisciculture.
A noter également le téléférage indiqué sur le plan incliné.

Canotage sur le Lac de Pérolles en 1912.
La Pisciculture – Canotage sur le lac de Pérolles en 1912 avec le bateau à moteur “Sturmvogel”.. A noter, à l’extrême gauche, la pile de la passerelle Ritter qui a perdu son tablier
Crédit (1) + colorisation.

Le lieu-dit de la Pisciculture, situé sur la rive gauche du lac de Pérolles, fait totalement partie de l’œuvre de Guillaume Ritter. En tant que responsable du développement industriel du plateau de Pérolles, il était aussi chargé de la création d’un centre d’activités balnéaires et de loisirs sur la rive du lac (1872).
Pour cela il a créé: un établissement de pisciculture artificielle afin de repeupler les eaux de la Sarine, de vastes glacières creusées dans le roc, le Chalet-Restaurant de la Pisciculture avec jet d’eau, bassins, jeux et avec promenades jusqu’au barrage de la Maigrauge avec le “Sturmwogel”, petit bateau à moteur à essence et bien sûr la passerelle sur la Sarine qui permettait de rejoindre l’autre rive du lac et Marly en empruntant le sentier public du Claruz par les Rittes.
Ce centre de loisir était relié à la gare de Fribourg par une voie ferrée. Oui vous lisez bien, la voie ferrée en question c’était le plan ferré funiculaire qui montait à la scierie et de là jusqu’à la gare de Fribourg par le chemin de fer du plateau de Pérolles.
Aujourd’hui de l’ancienne base de loisirs de la Pisciculture il ne reste que le sentier du Tour du Lac ou sentier Jean-Schoch, le vestige de la pile de la passerelle qui indique l’endroit où se trouvait le Chalet-Restaurant bien que celui-ci ait disparu dans les années 60s remplacé par des entrepôts industriels protégés par de grandes palissades.

La Pisciculture aujourd’hui

Aujourd’hui de l’ancienne base de loisirs de la Pisciculture il ne reste que le sentier du Tour du Lac ou sentier Jean-Schoch et de grands entrepôts industriels occupant la quasi totalité du lieu!

La Pisciculture aujourd'hui en 2026.
La Pisciculture aujourd’hui! Le sentier Jean-Schoch coincé entre le lac de Pérolles et la barricade des différents entrepôts industriels qui occupent l’emplacement de l’ancienne base de loisirs et du Chalet-Restaurant de la Pisciculture.
Crédit (4).

Bonus 3 – Le funiculaire de PAVATEX (1947 – 1980)

En 1947, après l’abandon du téléférage des sables et graviers de la Sarine sur le plan incliné de Pérolles, l’entreprise PAVATEX (aka Pavafibres SA ou Fibres SA) s’installe au 37 route de la Pisciculture à Fribourg. Créée en 1946 pour la fabrication et transformation des produits du bois, PAVATEX installe un funiculaire industriel sur le plan incliné depuis le plateau de Pérolles jusqu’à son usine (il ne va pas jusqu’à la Sarine et est donc plus court. Un véritable funiculaire sur rails avec deux voitures contrebalancées et un bâtiment abritant la machinerie à son sommet.

Le funiculaire PAVATEX en 1949, station supérieure.
1949 – La station supérieure a été construite comme une pointe sortant du bâtiment. Plus tard un complément à ce bâtiment sera construit pour compléter cette avancée comme on le voit dans la photo suivante de 1962.
Crédit (3) + colorisation
Le funiculaire PAVATEX en 1962, station supérieure.
Station supérieure du funiculaire avec le bâtiment de la machinerie
Crédit (3) + colorisation
L'usine PAVATEX à la Pisciculture en 1964 avec son funiculaire.
1964 – L’Entreprise PAVATEX sise Route de la Pisciculture 37, Fribourg. Une cabine du funiculaire est visible sur la plan incliné de Pérolles.
Crédit (3) + colorisation
L'usine PAVATEX à la Pisciculture en 1968 avec son funiculaire.
1968 – L’usine PAVATEX avec une cabine du funiculaire positionnée à la station basse.
Crédit (3) + colorisation

Le 10 avril 1980 un incendie se déclare dans un entrepôt de l’usine PAVATEX à la Pisciculture. Si vous regardez bien la vidéo qui a été filmée par les Pompiers de Fribourg, à deux moments on entreaperçoit les rails du funiculaire dans le bas de l’image.

Cet incendie a-t-il causé involontairement la fin du funiculaire de PAVATEX? Le fait est que celui-ci a été arrêté en 1980, la même année que l’incendie!

10 avril 1980 – Incendie PAVATEX.
Crédit: Le Galetas des pompiers de Fribourg.

Aujourd’hui que reste-il du funiculaire PAVATEX?

Du funiculaire lui-même il ne reste rien, excepté le bâtiment qui abritait la machinerie supérieure et l’on voit bien que les rails arrivaient au niveau supérieur de ce bâtiment et non pas au niveau du sol. Pour faire la jonction entre le bâtiment et le plan incliné la voie ferrée étaient suspendue et supportée pas poteau comme on le voit sur la photo de 1962.

Evidemment, le seul vrai vestige intact c’est le Plan incliné de Pérolles, créé par Guillaume Ritter en 1872!

Aujourd'hui en 2026, ce qu'il reste de la station supérieure du funiculaire PAVATEX.
2026 – Le X jaune indique l’endroit où arrivait le funiculaire PAVATEX, au niveau supérieur et non pas au rez de chaussée de ce bâtiment.de la station supérieure.
Crédit (4)

Bonus 4 – L’embarcadère des bois aujourd’hui

Emplacement actuel de l'embarcadère des bois sur le lac de Pérolles.
Emplacement actuel de l’embarcadère des bois (2ème flèche rouge de la carte ci-dessus.
Crédit (4)

Bonus 5 – Vidéo du Sentier Ritter aujourd’hui

En 2022 j’avais également fait une vidéo du Sentier Ritter qui suit exactement le cheminement du câble télédynamique n°1 que Guillaume Ritter avait installé entre les turbines Girard du barrage de la Maigrauge et la scierie du plateau de Pérolles. Là dans cette vidéo j’ai suis le sentier à l’envers, c’est dire depuis l’Université de Fribourg (emplacement actuel de la scierie) et en les descendant vers le barrage. Au passage on voit le grand pilier de la télédynamique de 24,6 mètres ainsi que le tunnel percé dans la falaise pour laisser passer les câbles télédynamiques. Juste au milieu du barrage de la Maigrauge on peut veut deux anciens piliers de la télédynamique qui supportaient les câble juste après leurs sorties de la centrale hydraulique.

Bonus 6 – Encore un vestige méconnu de Ritter!

Composition sculpturale faite de vestiges de piliers de la télédynamique Ritter..
Composition sculpturale faite de vestiges de piliers de la télédynamique Ritter..

A Fribourg, au bout du Boulevard de Pérolles, à l’angle du Chemin du Musée se trouve une composition sculpturale massive rendant hommage à l’ingénieur neuchâtelois Guillaume Ritter et qui est composée de vestiges des anciens piliers de la télédynamique qui étaient installés tout au long du plateau de Pérolles et qui servaient à supporter les câbles faisant fonctionner les usines du plateau.

Il est encore à déplorer qu’aucun panneau ne soit présent pour expliquer cette œuvre sculpturale ainsi que sont rapport direct avec l’œuvre de Guillaume Ritter.

Sources et crédits

(1) Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Fribourg
(2) Swisstopo (map.geo.admin.ch)
(3) ETH Bibliothek Zürich, e-pics
(4) Collection privée Funimag
(5) Stadtbibliothek Zürich -“Fribourg ses environs et ses nouvelles entreprises industrielles”, 1872
(6) “Delabar, über die neuen Wasserwerke und industriellen Unternehmungen der Stadt Freiburg in der Schweiz.” By Delabar, G. 1873
(7) Archives LA LIBERTÉ du 14 avril 1908.

Remerciements

Hervé François du GRHF – Groupe Recherches Historiques Fribourg (.
@cilocrossN88 de Youtube
Thierry Portmann
Manfred Portmann
Adrien Groos
Manuela Pellet

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Comments

16 responses to “(CH) Le plan incliné de Pérolles à Fribourg”

  1. Benoît Morier-Genoud Avatar
    Benoît Morier-Genoud

    Quelles histoires passionnantes à lire ! Je connais les lieux pour m’y promener régulièrement en famille, donc je visualise bien la matière de vos recherches. Mes enfants appellent les restes des piliers de télédynamie:”tours des Aztèques”. C’est super de pouvoir mieux comprendre dans quel ordre les bâtiments et les infrastructures se sont développées dans le temps sur Pérolles. Vous devriez proposer vos recherche pour un article dans la revue d’histoire et d’archéologie romande Passé simple (https://passesimple.ch).

    1. Funimag Avatar

      Content de savoir que mon article vous ait intéressé et que je n’ai pas raconté trop de bêtises sur ces lieux! Je suis quand même surpris que certaines personnes habitant Pérolles puiqqent découvrir l’histoire de ce lieu et l’apport de Guillaume Ritter. C’est la preuve que la ville de Fribourg n’en fait pas assez pour promouvoir et célébrer sa mémoire.
      Merci pour la piste “Passé Simple” !

  2. Thierry Avatar
    Thierry

    Bonjour Michel
    Super, le bonus 3
    Regardes bien, un petit détail sur la vue de 1949 de la station amont du funiculaire Pavatex : un ancien édifice nettement plus ancien que les entrepôts, dans alignement du plan incliné… Sur les cartes historique il coïncide bien avec… ? Je pense que c’est un vestige de la station amont du premier funiculaire de Ritter, qui a survécu à l’époque du téléphérage.
    D’autre part Fribourg a manqué d’avoir un funiculaire de plus, projeté entre les Grandes Rames et l’hôtel de Ville. Un plan existe aux archives cantonales.
    Cordiales salutations

    1. Funimag Avatar

      Merci Thierry pour ton commentaire…
      As-tu bien lu entièrement mon article? Pas seulement le Bonus 3.
      A partir d’une photo aérienne de 1925, je dis qu’il y a un pilier de la télédynamique Ritter en haut du plan incliné et qu’en éclaircissant la photo j’ai découvert un petit bâtiment dont la façade possède deux grandes fentes verticales. Je l’appelle le hangar aux deux fentes et j’en ai déduit que ce bâtiment aurait pu contenir des poulies télédyamiques qui auraient été le mécanisme moteur du funiculaire Ritter. Les deux grandes fentes auraient servi à laisser passer les brins du câble moteur du funiculaire à la manière des fentes verticales sur la façade de l’ancienne scierie qui laissaient passer les brins de la télédynamique sur le plateau de Pérolles!
      Sur la photo de 1949, le pilier de la télédynamique a disparu et il reste encore ce petit bâtiment dans l’axe du plan incliné.

      1. Thierry Portmann Avatar
        Thierry Portmann

        Merci Michel
        Oui j’avais bien lu l’article, et je voulais juste partager l’observation que le “hangar aux deux fenêtres” me semblait encore exister en 1949, je n’étais pas sûr que tu l’avais remarqué 😊

        1. Funimag Avatar

          Merci Thierry!
          Est-ce que tu as connu la Halle Ritter? Je suis fasciné par ce lieu qui a été le dépôts des tramways de Fribourg après avoir été la scierie. C’était un véritable hub pour les câbles télédynamiques avec un câble entrant et deux ou trois câbles sortants sans parler des machines de la scierie. Peut être y avait-il des vestiges de la télédynamie pendant des années bien plus tard!

  3. Thierry Portmann Avatar
    Thierry Portmann

    Salut Michel
    Merci pour le partage de cette étude remarquable. Je connaissais assez bien cette histoire, mais il restait des points d’ombre que tu as éclairé !
    Jettes un oeil sur le portail cartographique de Swisstopo, couche “Swissimage – Voyage dans le temps”, à l’instar de son pendant pour les cartes topos, elle affiche les images aériennes de différentes années, calibrées.
    https://s.geo.admin.ch/nh5ymcix8x4n
    On voit que le téléphérage pour le gravier existait encore jusque dans les années 1950, ainsi que le batiment abritant la motrice du plan incliné, mais plus de trace du plan incliné.
    Alors que l’usine d’aggloméré apparaît sur la carte de 1955 et les vues aérienne de 1954, la gravière sur le plateau a laissé la place à d’autres activités. A ce moment, le téléphérage a disparu, et le plan incliné a été remis en service, pour relier la fabrique en bas et le réseau ferroviaire en haut !!!
    Ce tracé a donc servi à trois moyens de transport, le plan incliné d’origine (pour le bois), le téléphérage pour le gravier, et enfin un nouveau plan incliné pour la fabrique de bois aggloméré.

    1. Funimag Avatar

      Merci Thierry… je découvre ton commentaire jusqu’à maintenant après que je vienne juste de publier un appel à témoins dans le groupe “T’es de Fribourg si…” ! Je ne connaissais pas ce site de photos anciennes… merci
      Oui effectivement j’ai eu vent de l’utilisation du plan incliné comme funiculaire après le téléférage de la gravière (voir les commentaires sous ma vidéo du plan incliné sur mon compte YouTube).

  4. Karin Thalmann Avatar
    Karin Thalmann

    J’ai lu avec grand intérêt votre publication. Bravo et merci pour vos recherches très détaillées. Effectivement, je trouve aussi regrettable que personne de notre ville n’ait jugé important de mettre en valeur les réalisations de M. Ritter dans son ensemble, même s’il ne subsiste désormais plus que quelques vestiges du passé. Je pense que nous sommes énormément à ingnorer l’existence d’un 2ème funiculaire. Vous devriez peut-être contacter le département du patrimoine fribourgeois pour mettre en lumière vos découvertes et vos investigations. Qui sait, vos travaux pourrait permettre de combler des lacunes.

    1. Funimag Avatar

      Bonjour Karin, un grand merci pour votre commentaire. Suite à la publication de mon post dans le groupe Facebook “T’es de Fribourg si…” j’ai pu constater, grace aux commentaires, que beaucoup de fribourgeois méconnaissent l’œuvre de Guillaume Ritter et aussi parfois ne savent pas ce qu’est la télédynamique. Quant au funiculaire du plan incliné de Pérolles, il figure depuis toujours sur la carte des réalisations de Ritter mais je pense que personne n’a fait le lien avec un funiculaire 🙂
      Oui je vais informer certains services officiels de la parution de mon article.

  5. Savary Daniel, Avry-devant-Pont Avatar
    Savary Daniel, Avry-devant-Pont

    C’est un vrai plaisir de redécouvrir le terrain de jeux de mon enfance à Pérolles. Le plan incliné était encore bien visible sur des cartes et plans de ville des années 1970-80 où il figurait comme une voie ferrée. Grand merci pour ce dossier très complet.

    1. Funimag Avatar

      Merci pour votre commentaire! Je recherche tout document d’époque par exemple des photos du plan incliné alors que le téléférage était en fonctionnement!

  6. Eve Avatar
    Eve

    Incroyable cette histoire. Elle tombe à pic pour ma part. Nouvelle habitante de Fribourg je découvre au gré de mes ballades et flânerie, j’avais en effet déjà parcouru plusieurs fois le trajet de barrage à Pérolles, mais l’une de mes dernières ballades m’a emmené autour du lac. Apercevant cette ruine, je me hâte vers le panneau juste à côté, mais en effet je ne trouve que des explications sur le lac et sa faune.

    Merci d’avoir comblé ce manque =]

    1. Funimag Avatar

      Merci pour votre commentaire. Oui en effet, les panneaux du bord du lac ne disent absolument rien de l’héritage de Guillaume Ritter. Personnellement je suis très curieux de trouver des documents d’époque représentant les réalisations Ritter.
      Je voudrais être sûr que cette passerelle a été complètement terminée car je suis sceptique de l’intérêt d’aller sur la rive droite de la Sarine… il y a une falaise!

  7. Alexandre MULLER, Posieux Avatar
    Alexandre MULLER, Posieux

    Oui je connaissais le 90 % de cette histoire car enfant j’accompagnais mon grand-père Emile Muller qui était ingénieur en chef des EEF et avec qui je faisais souvent ce trajet du Sentier Ritter depuis le garage des trams au fonds de Pérolles jusqu’à l’usine électrique de la maigrauge qu’il contrôlait régulièrement.
    Alors il me montrait le trajet de ce célèbre chantier de Ritter avec toutes ses explications.
    Biographie résumée de mon grand-père, Emile Aloïs Müller, ingénieur électricien.

    Emile Aloïs Albert MÜLLER 1879-1956

    Emile Müller à 23 ans et 65 ans

    Ingénieur en Chef aux EEF de 1932 à 1950

    Originaire d’Engelberg OW, Suisse. Emile Müller fils d’Eduard Ignaz sculpteur et hôtelier à Engelberg (OW) et Beckenried (NW), petit fils de Joseph Friedrich, Thalamann de la Vallée d’Engelberg de 1853 à 1878 et arrière-petit-fils du célèbre topographe et cartographe suisse, Joachim Eugen Müller (1752-1833).
    Marié à Ida Raiblé de Remaufens dont il a eu deux enfants, Raymonde et Edouard.
    Emile Müller, personnage très connu à Fribourg dans la première moitié du XXème siècle était diplômé du polytechnicum de Zürich, faisant partie de la promotion des ingénieurs électriciens de 1902, une cohorte de 62 pionniers dont faisaient partie les célèbres « Saurer, Sulzer et Cie ». Il a connu aussi Albert Einstein son contemporain le célèbre physicien de renommée internationale qui fit ses études à l’EPFZ dans une autre section d’ingénieurs.
    Emile Müller à 23 ans et 65 ans
    Dès sa sortie des études il eut la chance de s’expatrier en Suisse romande à Vernayaz VS où lui fut attribuée la responsabilité de la construction de la conduite forcée et de l’usine électrique de la Pissevache.
    Dès fin 1903 à l’âge de 24 ans il fut appelé à la direction de l’usine électrique des Frères Genoud à Châtel St Denis FR. Son influence déborda le secteur de la Veveyse et il fut sollicité aussi pour s’occuper de l’usine hydro-électrique de Montbovon.
    Après le rachat par l’Etat de Fribourg de diverses usines électriques du canton et la création des Entreprises Electriques Fribourgeoises (EEF), il passa dès 1917 à Fribourg comme ingénieur principal d’exploitation et fut nommé Ingénieur en chef des EEF dès 1932, fonction qu’il occupa jusqu’à sa retraite à l’âge de 70 ans en fin 1949.
    Parmi ses diverses réalisations on peut citer le développement et la sécurité de l’exploitation par la création d’un réseau à haute tension, la création de plusieurs centres de distribution, sa collaboration à l’établissement du bassin d’accumulation de Monsalvens, la construction de l’usine de Broc, la modernisation des usines de Hauterive et de Montbovon, l’extension de l’usine de L’Oelberg et de la Maigrauge à Fribourg et enfin une contribution très active à la construction du barrage de Rossens.
    Il était très ami avec ses collègues Messieurs Piller, Joye et Marro et partageait avec ses amis contemporains de Fribourg les traditionnels jeux de cartes hebdomadaires à la brasserie du Continental au début du Boulevard de Pérolles, ainsi qu’avec Oscar Cattani artiste – peintre et professeur de dessin au technicum de Fribourg, ami d’enfance de la famille à Engelberg (OW) .
    Son activité ne se limita pas à l’électricité… Il suivit de près les travaux de l’usine à gaz de Payerne et celle du service des eaux de Fribourg jusqu’à sa cession à la ville. Il fut le promoteur du captage des sources de la Hofmatt et de la surpression du réservoir d’eau du Guintzet destiné à assurer la distribution des quartiers supérieurs de la ville de Fribourg. Et même plusieurs années après sa retraite il fut souvent consulté par les responsables concernés car il était toujours prêt à faire bénéficier les autres de son expérience.
    Il réalisa aussi le projet qui ne fut jamais exécuté et dont le dessin sur carte existe, d’un chemin de fer à crémaillère qui devait tourner autour du Moléson en partant de Châtel St Denis. Très actif dans diverses sociétés il faisait partie du Club Alpin Suisse et était membre fondateur de la société du remonte pentes des Paccots.
    Ce fut un parmi les pionniers souvent méconnus de l’électricité dans le Canton de Fribourg.
    Alexandre Muller, Posieux 2010

    1. Funimag Avatar

      Merci pour votre commentaire! Superbe récit pour votre grand père! Avez vous pensé à sauvegarder toute son histoire? Un écrit? Un livre? Son histoire mérite vraiment de ne pas être perdue et doit être transmise.

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